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N°5 - Didier FASSIN

L’humanitaire contre l’Etat – tout contre

Réédition du texte publié par la revue Vacarmes dans son numéro 34, janvier 2006 pp.15-19.

(JPEG)Apparemment construite contre l’Etat, l’intervention humanitaire se révèle ainsi, bien plus structurellement qu’on ne le pense généralement, tout contre cet Etat, pour paraphraser une formule attribuée à Sacha Guitry. Le constat vaut pour la scène nationale comme pour l’espace global. Faire ce constat, ce n’est pas déstabiliser le travail des organisations humanitaires en montrant qu’il est autre chose que ce qu’il se donne. C’est probablement penser autrement le politique, en particulier s’efforcer de comprendre ce que peut être un gouvernement non gouvernemental. Par cette expression, il faut entendre les formes de l’action des organisations non gouvernementales dans la gestion des affaires du monde, depuis l’opposition frontale aux Etats pour dénoncer les violations du droit humanitaire (les enquêtes conduites par Médecins du monde en Tchétchénie en est une illustration) jusqu’aux collaborations souvent invisibles pour réformer les politiques de santé (le programme Drugs for Neglected Diseases Initiative qui associe Médecins sans frontières à l’Organisation mondiale de la santé, à des instituts publics de recherche et à des laboratoires pharmaceutiques privés pour permettre le développement de médicaments considérés comme non rentables mais nécessaires au traitement de maladies infectieuses des pays pauvres, en est un exemple peu médiatisé mais remarquable). L’humanitaire donne ainsi matière à inventer de nouvelles modalités de ce qu’on appelle gouverner. Lire la suite...


 


Se rendant au Niger les 23 et 24 août 2005 pour y faire le point sur la famine dont souffrait le pays, Kofi Annan commença par visiter le centre de nutritionnel de Médecins sans frontières à Zinder. Il félicita les professionnels de santé sur place pour leur « travail très appréciable », mais, sollicité par les journalistes à propos des critiques que l’association humanitaire venait d’adresser à son institution, il « ne souhaita pas les commenter », selon la formule diplomatique. « J’ai été très impressionné par ce que MSF tente de faire au Niger », déclara-t-il simplement. L’anecdote n’a surpris personne. Elle fait partie de notre paysage familier. Que le représentant de l’assemblée mondiale des Etats fasse ainsi un détour obligé par la mission locale d’une organisation non gouvernementale et soit sommé de s’expliquer face à ses attaques publiques ne nous étonne plus : les agents humanitaires sont devenus des acteurs légitimes sur la scène internationale.

Porte-parole autoproclamés des pauvres et des malheureux de la planète, ils se sont imposés dans l’espace public global comme des interlocuteurs incontournables des grands de ce monde. Leur autorité morale, consacrée en l’occurrence par un Prix Nobel de la paix, leur confère un pouvoir dont le secrétaire général des Nations unies ne peut pas ne pas tenir compte dans sa politique, qu’il s’agisse de ménager des intervenants dont la parole bénéficie désormais, sinon d’une réelle représentativité, du moins d’une forte légitimité ou, à l’inverse, de les utiliser pour les laisser exprimer ce que sa position institutionnelle ne lui permet pas de dire. Il n’en va pas autrement des chefs d’Etat qui, même dans des situations de belligérance, ne peuvent faire l’économie d’un dialogue et d’une négociation avec des organisations non gouvernementales qui se revendiquent du droit d’assistance aux victimes des conflits et s’expriment au nom d’une émergente société civile globale.

La chose n’est pas nouvelle, pensera-t-on. Le Comité international de la Croix-Rouge n’intervient-il pas depuis plus d’un siècle sur les terrains des guerres en s’immisçant dans les relations entre les Etats et en pouvant même assurer, par substitution à ces derniers, la fonction de « puissance protectrice » que lui reconnaissent les Conventions de Genève de 1949 ? L’observation est juste, mais précisément, outre que cette organisation internationale entretient des relations privilégiées avec les pouvoirs publics dans chacun des pays où existe une « société nationale » de la Croix-Rouge, elle jouit de droits et de prérogatives qui lui sont accordées par les Etats dans le cadre de ces conventions. Elle bénéficie même d’un « mandat humanitaire », ce qui revient à lui octroyer collectivement une délégation de pouvoir pour les questions de protection des populations civiles, des blessés et des prisonniers de guerre. Non gouvernementale, la Croix-Rouge est donc étroitement et officiellement liée aux Etats qui lui ont confié, en leur nom, cette mission supérieure.

Tel n’est pas le cas des organisations de ce que l’on peut appeler le deuxième âge de l’humanitaire, inauguré en 1971 par la naissance de Médecins sans frontières, justement en réaction à ce qui est alors vu comme l’ambiguïté politique constitutive de la Croix-Rouge (pour laquelle le noyau des fondateurs de la nouvelle association avaient été volontaires lors de la guerre du Biafra). Le mouvement sans-frontiériste, comme certains l’appelleront, est en principe émancipé de toute tutelle étatique. Plus même : il se construit « contre l’Etat » [1] dans une rhétorique par laquelle la revendication d’indépendance s’affirme à travers la dénonciation des pouvoirs. Quand le président de Médecins sans frontières oppose à « l’esprit humanitaire » la violence de « l’ordre cannibale » [2], ce sont les Etats, leurs gouvernements et leurs armées qui, à ses yeux, incarnent ce dernier, avec la complicité des instances des Nations unies – du Haut commissariat aux réfugiés, lorsqu’il s’agit des victimes de persécution, à l’Organisation mondiale de la santé, pour le paludisme et le sida, en passant par le Programme alimentaire mondial, dans le cas du Niger. C’est cette ligne de démarcation présumée comme allant de soi, entre les Etats et les humanitaires, entre le gouvernemental et le non gouvernemental que j’aimerais reconsidérer ici.

Le gouvernement humanitaire

Il est généralement deux manières de concevoir ce que l’on peut appeler le gouvernement humanitaire, c’est-à-dire l’administration des populations au nom d’un principe moral supérieur qui fait de la préservation de la vie et du soulagement de la souffrance les valeurs suprêmes de l’action [3]. Pour les théoriciens des relations internationales et du droit international, il est un mode nouveau d’action des gouvernements et de régulation de la société globale [4] : concrètement, il s’agit de comprendre les ressorts des interventions des Etats et des organisations supra-étatiques dans les conflits, comme en Somalie, au Timor ou en Bosnie au cours des dernières années ; on a affaire à un déplacement de la problématique classique des guerres justes vers la question de l’ingérence humanitaire. Pour les spécialistes des mouvements sociaux et de la mobilisation politique, il correspond en revanche à l’irruption de nouveaux acteurs sur les scènes nationales et internationales [5] : principalement, il s’agit d’analyser les ressorts et les modalités des interventions des organisations non gouvernementales, et de façon emblématique Médecins sans frontières et Médecins du monde ; on s’intéresse ici à l’émergence de structures transnationales de médiation.

C’est dire que le gouvernement humanitaire procède de deux figures politiques presque opposées, l’une gouvernementale, l’autre non gouvernementale. S’il en est ainsi, c’est qu’il relève d’une logique politique et morale plus large, à l’œuvre à la fois dans des formes étatiques et non étatiques : on l’appellera raison humanitaire. Bien qu’il s’agisse ici de réfléchir sur les politiques non gouvernementales, autrement dit sur des modes de gouvernementalité qui échappent à l’Etat, il est nécessaire de s’interroger sur cette logique tellement puissante qu’elle s’impose à tous comme le bien par excellence dans les rapports de forces internationaux, tellement efficace qu’elle sous-tend à la fois les politiques gouvernementales et non gouvernementales, dont elle tend à abolir la frontière (sans cesse rappelée, pourtant, par les organisations humanitaires), et tellement désirable qu’elle fait l’objet d’une concurrence des unes et des autres, les premières contestant toujours plus le monopole dont se prévalent les secondes (en l’utilisant pour légitimer leurs interventions, même guerrières). Le gouvernement humanitaire procède donc de cette raison qui, précisément, estompe la limite instituée entre le gouvernemental et le non gouvernemental.

Afin de montrer l’extension et la prégnance de la raison humanitaire dans les économies morales contemporaines, on peut évoquer deux situations très différentes dans lesquelles elle a été officiellement et littéralement invoquée. Premièrement, lorsque les politiques de plus en plus restrictives en matière d’immigration ont conduit à la production d’un nombre croissant d’étrangers sans titre de séjour, une catégorie particulière a posé problème : les malades atteints de pathologies graves, comme le sida ou le cancer, ne pouvant bénéficier de soins adaptés dans leur pays d’origine. Pour ces patients, on a mis en place, de manière d’abord dérogatoire puis réglementaire, une procédure de régularisation que l’on a dit pour « raison humanitaire » grâce à laquelle une prise en charge est devenue possible. Deuxièmement, quand le scandale des conditions d’incarcération dans les prisons françaises a éclaté, une question a surgi : elle concerne les malades en phase terminale ou dont le traitement ne pouvait être conduit dans le cadre de leur détention. Afin de justifier la libération de ces prisonniers, on a parlé cette fois encore de « raison humanitaire » [6]. On est bien ici au-delà du périmètre à l’intérieur duquel les organisations humanitaires s’efforcent de définir un champ d’intervention où elles bénéficieraient d’un monopole moral. C’est l’Etat lui-même qui revendique ce langage et cette pratique.

L’Etat humanitaire

Les politiques non gouvernementales qui reposent sur la raison humanitaire ont connu un essor remarquable au cours du dernier quart de siècle, avec la création d’un grand nombre d’associations nationales ou transnationales qui occupent une place croissante dans l’espace public mondial. Alors que la Croix-Rouge en avait, jusqu’aux années 1970, quasiment le monopole (de multiples organisations se partageant en revanche les domaines des droits de l’homme, de l’assistance médicale et du développement), l’humanitaire est devenu le nouveau mot d’ordre de l’intervention et, peut-être plus encore, le nouveau leitmotiv de la communication à laquelle elle donne lieu, au point même que beaucoup d’organisations issues de ces domaines plus anciennement établis s’en réclament aujourd’hui (certaines après en avoir dénoncé les dérives urgentistes). Aujourd’hui, les plus grandes de ces organisations non gouvernementales ont des antennes dans plusieurs pays : ainsi, Médecins sans frontières compte-t-il une vingtaine de sections, de tailles très inégales, qui sont regroupées dans un « mouvement international ». Fait remarquable, toutes ces antennes, qui jouissent de plus ou moins d’autonomie par rapport aux institutions mères, sont implantées dans des sociétés occidentales, dont elles circonscrivent pratiquement le territoire planétaire : sur les vingt que comptent Médecins sans frontières, quatorze sont européennes, deux nord-américaines, une australienne, une japonaise, une hongkongaise ; une enfin a son siège dans les Emirats arabes unis [7]. Mais cette dissémination du vocable humanitaire pour qualifier les interventions d’acteurs des pays du Nord dans les pays du Sud ne se limite pas aux seules organisations non gouvernementales. Les Etats, à leur tour, et les institutions supranationales se sont emparés de la manne symbolique que représente la raison humanitaire pour fonder, justifier ou légitimer leurs actions, y compris de nature militaire.

Cette humanitarisation de l’Etat, si l’on peut dire, en entendant par cette formule le développement d’une rhétorique et d’une politique humanitaires dans la pratique gouvernementale étatique, peut paraître surprenante. Non seulement l’humanitaire est né, avec la Croix-Rouge, en marge de la barbarie des Etats et de leurs armées, revendiquant un espace autonome sur les champs de bataille, mais de manière plus manifeste encore, comme on l’a vu, sa renaissance, avec Médecins sans frontières puis Médecins du monde, s’est ouvertement faite contre la violence des Etats : plus qu’une indépendance, c’est souvent une opposition qui est affirmée. En s’appropriant le langage humanitaire pour donner sens à son action publique, l’Etat récuse donc cette division sociale du travail moral. On peut voir dans ce refus de laisser le monopole du cœur aux organisations non gouvernementales des raisons à la fois anthropologiques, qui tiennent à la prégnance croissante des valeurs attachées à la compassion dans le monde contemporain [8], et tactiques, qui relèvent de la plus-value symbolique que ce registre représente dans l’espace public [9]. Mais on ne doit pas sous-estimer une réalité plus triviale qui est liée aux formes de passage entre le gouvernemental et le non gouvernemental, bien plus fréquentes que ne l’admettent généralement les organisations humanitaires.

La circulation des hommes en est peut-être la manifestation la plus visible, tout particulièrement dans le cas français. Ce sont Bernard Kouchner, fondateur de Médecins sans frontières puis de Médecins du monde, devenu membre des gouvernements successifs de Michel Rocard, Edith Cresson, Pierre Bérégovoy et Lionel Jospin, puis administrateur du Kosovo au titre de représentant de la communauté internationale des Etats ; Claude Malhuret, ancien président de Médecins sans frontières, puis secrétaire d’Etat à l’action humanitaire de Jacques Chirac et maire de Vichy pour le parti Démocratie libérale ; Xavier Emmanuelli, ancien vice-président de Médecins sans frontières, secrétaire d’Etat à l’action humanitaire d’Alain Juppé ; Jacques Lebas, président d’honneur de Médecins du monde, chargé de plusieurs missions sur l’exclusion par le gouvernement ; Gilles Brücker, également ancien président de Médecins du monde, nommé directeur de l’Institut national de veille sanitaire. Cette présence des acteurs humanitaires dans l’appareil d’Etat et les gouvernements de la République ne se limite toutefois pas à ces figures connues.

Ainsi, l’histoire des politiques de lutte contre le saturnisme infantile en France est-elle incompréhensible si on ne la resitue pas par rapport aux interactions fortes entre le gouvernemental et le non gouvernemental humanitaires [10]. C’est Médecins sans frontières qui organise et finance, à la fin des années 1980, la mission conduite aux Etats-Unis par une équipe médico-technique chargée d’y obtenir l’expertise nécessaire dans le dépistage et la prévention de cette maladie dont la Direction générale de la santé nie la réalité épidémiologique. C’est Médecins du monde qui suscite, au début des années 1990, la mobilisation d’associations d’habitants et dénonce publiquement les carences des pouvoirs publics en matière de réhabilitation de l’habitat dégradé et de relogement des familles exposées. Mais c’est un ancien membre de Médecins sans frontières passé par l’Ecole nationale d’administration et devenu responsable du bureau chargé des populations précaires au ministère de la Santé qui réussit à convaincre deux de ses anciens collègues du monde associatif, le secrétaire d’Etat Xavier Emmanuelli et le ministre Bernard Kouchner, d’inscrire la lutte contre le saturnisme dans la loi de 1998 sur la prévention des exclusions. On pourrait multiplier les exemples d’interférences fortes entre le gouvernemental et le non gouvernemental, par exemple, le rôle de Médecins sans frontières dans la rédaction de la loi sur la Couverture maladie universelle à laquelle le cabinet de Martine Aubry l’avait étroitement associé ou la contribution de Médecins du monde, parmi d’autres organisations, à la préparation de circulaires concernant l’Aide médicale de l’Etat par l’équipe de Xavier Bertrand. Bien plus qu’une opposition frontale, il s’agit à chaque fois d’un travail invisible de conviction, de négociation, de construction en commun – qui n’exclut pas, bien entendu, des tentatives de manipulation des uns et des discours de protestation des autres.

Cette porosité de la frontière entre gouvernemental et non gouvernemental procède donc de logiques multiples. Sur la scène internationale, c’est sur le terrain de la guerre qu’elle a été le plus manifeste, les Etats s’étant peu à peu approprié le langage même dont les organisations humanitaires pensaient avoir l’exclusivité.

Le moment militaro-humanitaire

Le début de l’histoire de cette appropriation est difficile à déterminer, tant il est possible de relire a posteriori avec les lunettes de l’humanitaire un certain nombre d’interventions militaires conduites au nom de la défense d’une population menacée. C’est d’ailleurs ce que font la plupart des analystes politiques qui proposent des critères pour décider ce qui relève, ou non, de ce registre spécifique de l’action internationale [11]. A une perspective externe ou objective, qui place ainsi l’observateur dans une position d’autorité, on peut toutefois préférer une démarche interne ou subjective, qui s’attache inversement à découvrir l’émergence explicite et revendiquée de la notion d’humanitaire dans la rhétorique par laquelle les acteurs expliquent les raisons de l’intervention. Autrement dit, il ne s’agit pas de juger d’après des critères supposés de guerre juste, mais à partir d’un lexique avéré de justification de la guerre. Cette lecture a l’avantage de saisir le moment où un nouveau vocabulaire politique apparaît, où de nouvelles normes internationales sont formulées, où la moralisation de l’action s’énonce publiquement.

De ce point de vue, c’est à partir du début des années 1990 que les interventions militaires commencent à être qualifiées d’humanitaires. Le déploiement des forces des Etats-Unis et des Nations Unies en Somalie en 1992 est probablement un tournant car pour la première fois non seulement la situation est présentée comme une « crise humanitaire » mais également la résolution internationale s’appuie sur la notion d’impossibilité de « distribuer l’aide humanitaire », car aussi les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux se mêlent de la façon la plus spectaculaire sur la scène médiatique, la figure de Bernard Kouchner en tenue kaki débarquant un sac de riz étant devenue emblématique de ce mélange des genres [12]. Mais, c’est peut-être plus encore le génocide perpétré au Rwanda en 1994 qui va donner toute sa légitimité à la notion de guerre humanitaire : si l’extermination programmée des Tutsis est pudiquement désignée par les Nations Unies comme une « crise humanitaire », c’est ici l’absence d’intervention militaire, ou plutôt son retard, qui sont dénoncées par les organisations non gouvernementales humanitaires, notamment Médecins sans frontières qui évacue sa mission dont une partie du personnel local a été massacrée ; la question n’est plus de savoir si une guerre peut être conduite pour une raison humanitaire, mais si le refus d’intervention n’est pas criminelle au regard même du droit humanitaire [13]. Dès lors, les Etats et leur société instituée au sein des Nations Unies deviennent les premiers agents de l’internationale humanitaire et toutes les interventions militaires occidentales se justifient au regard de cette norme, du Timor à l’Irak en passant par le Kosovo.

Les organisations non gouvernementales n’ont pourtant cessé, au cours ces dernières années, de dénoncer ces abus de langage, l’utilisation de l’argument humanitaire pour fonder moralement le recours à la guerre, les confusions entretenues sur le terrain entre les militaires et les humanitaires, avec les risques inhérents en termes non seulement de sécurité de leurs membres, mais aussi de publicisation de leurs actions. Probablement n’ont-elles pas totalement pris la mesure de leur propre rôle dans ce mélange des genres. Ainsi se sont-elles indignées d’entendre Vaclav Havel et Tony Blair parler de « guerre humanitaire » à propos de l’intervention de l’Otan au Kosovo ; mais dans le même temps, Médecins sans frontières produisait un rapport faisant état des violences et des crimes commis par les Serbes contre les Kosovares albanophones que les forces armées alliées considéraient comme pain béni pour attester l’urgence de l’intervention militaire. Ainsi ont-elles condamné le largage de paquets de nourriture en même temps que de bombes à fragmentation sur la population de l’Afghanistan en 2002, afin de soulager la famine tout en chassant les talibans ; mais depuis le début de l’invasion soviétique, Médecins du monde, comme d’autres, étaient présents auprès des résistants afghans pour les soutenir, médicalement d’abord, mais politiquement ensuite, dans leur guerre contre l’envahisseur.

De manière plus générale, les organisations humanitaires se plaignent de l’instrumentalisation dont elles font l’objet de la part des militaires, mais elles sont elles aussi dans une relation ambiguë avec les armées dont elles attendent protection dans le cadre de couloirs ou de sanctuaires humanitaires, tout en exigeant d’elles la préservation de leur indépendance, et auxquelles elles demandent à la fois de ne pas reprendre à leur compte la rhétorique humanitaire, mais d’intervenir pour prévenir des massacres ou des génocides. C’est dire que la ligne de crête que se sont tracée les organisations humanitaires est étroite, que les tensions sont fortes entre elles et en leur sein sur la manière de faire face à cette difficulté de positionnement. Sur le terrain, les agents évoluent ainsi entre postures idéologiques, conduisant à la dénonciation de la confusion des genres entretenue par les chefs d’Etat (qui demandent aux organisations humanitaires de collaborer à leur mission de guerre qualifiée elle aussi d’humanitaire) et par les chefs d’état-major (qui imposent à ces organisations les modalités de fonctionnement dont dépend de fait l’intervention humanitaire), et options pragmatiques, allant de simples négociations de corridors ou d’espaces sécurisés (dont on comprend la nécessité) à des collaborations étroites dans le cadre de missions embarquées (comme pendant la seconde guerre d’Irak), voire de participation au renseignement (établi dans certains cas comme lors des bombardements du Kosovo).

Mais au-delà même de ces connivences ou de ces alliances objectives et, dans certains cas, inévitables, c’est la temporalité et la forme mêmes de l’intervention humanitaire qui tendent à se calquer sur celles de l’action militaire : la prégnance de l’urgence avec son débarquement massif et son retrait brutal ; la mise en place de dispositifs physiquement identifiés et séparés pour rendre le travail plus efficace mais avec un effet d’isolement par rapport aux populations. Dans ces conditions, il n’est probablement pas étonnant que beaucoup de celles et ceux qui reçoivent l’aide ne fassent guère la différence entre les militaires faisant de l’humanitaire et les humanitaires arrivés avec les militaires – que ce soit du reste pour se réjouir de leur présence ou pour dénoncer leur ingérence.

*

Apparemment construite contre l’Etat, l’intervention humanitaire se révèle ainsi, bien plus structurellement qu’on ne le pense généralement, tout contre cet Etat, pour paraphraser une formule attribuée à Sacha Guitry. Le constat vaut pour la scène nationale comme pour l’espace global. Faire ce constat, ce n’est pas déstabiliser le travail des organisations humanitaires en montrant qu’il est autre chose que ce qu’il se donne. C’est probablement penser autrement le politique, en particulier s’efforcer de comprendre ce que peut être un gouvernement non gouvernemental. Par cette expression, il faut entendre les formes de l’action des organisations non gouvernementales dans la gestion des affaires du monde, depuis l’opposition frontale aux Etats pour dénoncer les violations du droit humanitaire (les enquêtes conduites par Médecins du monde en Tchétchénie en est une illustration) jusqu’aux collaborations souvent invisibles pour réformer les politiques de santé (le programme Drugs for Neglected Diseases Initiative qui associe Médecins sans frontières à l’Organisation mondiale de la santé, à des instituts publics de recherche et à des laboratoires pharmaceutiques privés pour permettre le développement de médicaments considérés comme non rentables mais nécessaires au traitement de maladies infectieuses des pays pauvres, en est un exemple peu médiatisé mais remarquable). L’humanitaire donne ainsi matière à inventer de nouvelles modalités de ce qu’on appelle gouverner.

Didier Fassin est professeur à l’université Paris 13, où il dirige le Centre de recherche sur la santé, le social et le politique, et titulaire de la direction d’études d’Anthropologie politique et morale à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il a été vice-président de Médecins sans frontières. Ses derniers ouvrages parus sont Des maux indicibles (La Découverte, 2004), Le gouvernement des corps (Editions de l’EHESS, 2004, avec D. Memmi), Les constructions de l’intolérable (La Découverte, 2005, avec P. Bourdelais).

 



NOTES :

[1] Si, dans La société contre l’Etat, Minuit, Paris, 1974, Pierre Clastres faisait de la société des « Sauvages » un paradigme alternatif à l’ordre de l’Etat, les acteurs humanitaires font, presque symétriquement, de la société internationale des Etats un ordre cannibale, par conséquent renvoyé du côté des « Sauvages ». Dans les deux cas, il s’agit bien sûr d’une construction idéologique.

[2] Voir Jean-Hervé Bradol, « L’ordre international cannibale et l’action humanitaire », in A l’ombre des guerres justes, sous la direction de Fabrice Weissman, Flammarion, Paris, 2003.

[3] Dans un article intitulé « Le camp des vunérables. Les réfugiés face à leur citoyenneté niée », Les Temps Modernes, 59 (627), p. 132, Michel Agier utilise l’expression « ‘gouvernement’ humanitaire » pour désigner le contrôle des camps de réfugiés par les « organisations d’assistance et onusiennes ». J’utilise pour ma part l’expression, sans guillemets, dans un sens quelque peu différent, plus général (au-delà des organisations dites humanitaires), inspiré de l’œuvre de Michel Foucault qui parle, par exemple, de « gouvernement des hommes ». Je me permets de renvoyer sur ce point à ma communication : « L’espace moral de l’action humanitaire », Colloque Autour de l’intervention, Université Montréal-McGill University, 23-25 octobre 2003.

[4] Voir par exemple le numéro spécial « The dilemmas of humanitarian interventions » de l’International Political Science Review, 1997, 18 (1).

[5] Voir notamment le livre de Pascal Dauvin et Johanna Siméant, Le travail humanitaire. Les acteurs des ONG, du siège au terrain, Presses de la Fondation nationale de sciences politiques, Paris, 2002.

[6] S’agissant des prisons françaises, le détenu le plus célèbre qui ait bénéficié de cette mesure est Maurice Papon, ce qui montre bien, compte tenu des charges qui pesaient sur lui, la force du principe qu’il a fallu mobiliser pour obtenir sa libération. Dans ce véritable dilemme moral, l’argument de la compassion l’a emporté sur le sens de la justice. On peut remarquer que la réglementation qui a permis de mettre en oeuvre la raison humanitaire dans ces circonstances a été établie par l’un des fondateurs de Médecins sans frontières, puis de Médecins du monde : Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé et de l’Action humanitaire. Je me permets, sur ces questions, de renvoyer à mes articles : « Quand le corps fait loi. La raison humanitaire dans les procédures de régularisation des étrangers », Sciences sociales et santé, 2001, 19 (4), 5-34 ; et « Compassion and repression. The moral economy of immigration policies in France », Cultural Anthropology, 2005, 20 (3), 362-387.

[7] Une certaine désoccidentalisation du mouvement international humanitaire serait toutefois à l’œuvre, si l’on en croit par exemple l’étude conduite sur les associations caritatives musulmanes par le fondateur, précisément, de la section de Médecins sans frontières dans les Emirats arabes unis. On peut toutefois se demander s’il s’agit vraiment d’humanitaire ou si l’on a pas plutôt affaire à des organisations religieuses traditionnelles oeuvrant dans le champ non moins traditionnel de l’assistance aux pauvres. En effet, ni les valeurs morales (exaltation de la vie nue), ni les principes éthiques (approche universaliste des victimes), ni les caractéristiques de l’action (invocation de l’urgence) ne se retrouvent ici. Voir Abdel-Rahman Ghandour, Jihad humanitaire. Enquête sur les ONG islamiques, Flammarion, Paris, 2002.

[8] On sait qu’Hannah Arendt a théorisé cette émergence de la compassion dans l’action publique dans le chapitre « La question sociale » de son Essai sur la Révolution, Gallimard, Paris, 1967.

[9] Un peu à la manière dont Luc Boltanski et Eve Chiapello ont montré comment le capitalisme absorbe la critique dont il fait l’objet dans Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, Paris, 1999.

[10] Sur cette histoire, on peut lire mon ouvrage Faire de la santé publique, Editions de l’ENSP, Rennes, 2005, ainsi que mon article avec Anne-Jeanne Naudé : « Plumbism reinvented. The early times of childhood lead poisoning in France 1985-1990 », American Journal of Public Health, 2004, 94, 11, 1854-1862.

[11] C’est notamment ce que fait Nicholas Wheeler dans Saving Strangers. Humanitarian Intervention in International Society, Oxford University Press, Oxford, 2000. Il admet du reste que ses quatre critères ne sont guère différents de ceux que l’on utilise pour qualifier une guerre de juste. Pour lui, les interventions de l’Inde contre le Pakistan pour arrêter le massacre de la population bengalie dans le futur Bangladesh et du Vietnam contre le régime de Pol Pot pour faire cesser les crimes de masse contre les Cambodgiens appartiennent au registre de l’intervention humanitaire, même s’il en discute les raisons stratégiques.

[12] Pour une analyse critique des ambiguïtés de l’intervention militaro-humanitaire en Somalie, on peut se référer au livre de Sherene Razak, Dark threats and white knights. The Somali Affair, peacekeeping, and the new imperialism, University of Toronto Press, Toronto, 2003.

[13] La trace laissée par le génocide des Tutsis dans les organisations humanitaires présentes sur place est profonde, comme en témoignent les trois volumes de « prises de parole publiques » édités par Laurence Binet pour Médecins sans frontières : Génocide des Rwandais tutsis 1994 ; Camps de réfugiés rwandais Zaïre-Tanzanie 1994-1995 ; Violences du nouveau régime rwandais 1994-1995.

 


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Dernière modification le 9 juin 2007 à 18h42

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5 Messages de forum

  • N°5 - Didier FASSIN

    16 juillet 2008 07:36, par xiaohua

    真空计量罐对于微型泵抽气端阻力的大小可以用仪器测定,把它与泵的技术参数“进气口允许最大阻力”Por值比较就可以知道选型是否合适。通常根据经验采用简便的方法确定,比如下述几种情况都属于负载较大(即泵的抽气端阻力较大),只能在微型真空泵范围内选型:①在泵的抽气端要接很长的管道,或管道弯曲点多、弯曲厉害甚至会阻塞封闭,或管道内孔很小(比如小于φ2毫米);②在管路上有节流阀、电磁阀、气路开关、过滤器等元件;③泵抽气口与密闭容器连接,或该容器虽未密闭但进气量较小;④泵抽气口与吸盘连接,用于吸附物体(如集成块、精密工件等);⑤泵的抽气端与过滤容器相连,容器口放置滤网,用于加速液体过滤

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    贮罐
    废气吸收 述有机废气治理是指用多种技术措施,通过不同途径减少石油损耗、减少有机溶剂用量或排气净化以消除有机废气污染。有机...排气净化是目前切实可行的治理途径。常用的方法有吸附法、吸收法、催化燃烧法、热力燃烧法等

    尾气吸收装置
    降膜吸收器 真空热水锅炉技术,锅炉在负压状态下运行,相变换热.负压运行,几乎爆炸危险,三回程湿背式结构...同时供给不同场合的需求,不需加装设置。(3)机组负压运行,安全可靠真空锅炉真空热水锅炉在运行的过程中水喷射真空泵

    水喷射真空泵机组
    真空机组 真空机组结构及特点 :罗茨滑阀真空机组是由普通罗茨泵为主泵.滑阀真空泵为前级泵串联组成的真空机组
    旋流板塔

    产品造型设计是指利用形状、图案或者其结合以及色彩与形状、图案的结合所做出的富有美感并能应用的形体新设计。是一个整体形象过程,其涉及的面很宽泛,要求造型师以人文、地理、艺术、心理学都有所涉猎,能及进把握国际最新的流行动向。
    工业设计
    杭州工业设计

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    18 juillet 2008 11:56, par y6u

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    液晶显示模块是一种将液晶显示器件、连接件、集成电路、PCB线路板、背光源、结构件装配在一起的组件.英文名称叫“LCD Module”,简称“LCM”,中文一般称为“液晶显示模块” .

    凡是从设备中抽出气体,使设备内部达到真空的机械称为真空抽气机或真空泵。从结构上真空泵大致可分为:往复式真空泵、回转式真空泵和水喷射真空泵等。1、往复式真空泵。往复式真空泵适用于抽送不含固体颗粒、无腐蚀性的气体。这种真空泵的抽气速率较大,真空度较高。故在化工厂中广泛应用。但其结构复杂,维修量大。

    普通离心泵,若吸入液面在叶轮之下,启动时应预先灌水,很不方便。为了在泵内存 水, 吸入管进口需要装底阀,泵工作时,底阀造成很大的水力损失。所谓自吸泵,就是在启动前不需灌水(安装后第一次启动仍然需灌水),经过短时间运转,靠泵本身的作用,即可以把水吸上来,投入正常工作。

    自吸泵按作用原理分为以下几类:

    1.气液混合式(包括内混式和外混式); 2.水环轮式; 3.射流式(包括液体射流和气体射流)。

    气液混合式水喷射真空泵的工作过程:由于自吸泵泵体的特殊结构,水泵停转后,泵体内存有一定量的水,泵再次启动后由于叶轮旋转作用,吸入管路的空气和水充分混合,并被排到气水分离室,气水分离室上部的气体溢出,下部的水返回叶轮,重新和吸入管路的剩余空气混合,直到把泵及吸入管内的气体全部排出,完成自吸,并正常抽水。水环轮式自吸泵是将水环轮和水泵叶轮组合在一个壳体内,借助水环轮将气体排出,实现自吸。当泵正常工作后,可通过阀截断水环轮和水泵叶轮的通道,并且放掉水环轮内的液体。射流式自吸泵,由离心泵和射流泵(或喷射器)组合而成,依靠喷射装置,在喷嘴处造成真空实现抽吸。

    普洛康裕制药有限公司通过将反应产生的废物综合利用、工艺废气吸收利用、工艺技改割除尾气、更换全封闭式旋流板塔以及割除锅炉烟气排放等方式,对全厂废气集中进行整治,

    JZJS型真空机组是以普通罗茨水喷射真空泵为主泵,以双级水环式真空泵为前级泵,通过压力继电器或电接点真空表,来实现罗茨泵水环泵的自动启闭,自动过载保护的成套真空获得设备。它除了具有一般罗茨真空泵机组的一些特点外,由于采用水环式真空泵作前级泵,因此,它特别适用于抽除含较多蒸汽及有一定腐蚀性气体的工业流程中。例如:化工产品的真空蒸馏、真空蒸发、脱水结晶;轻纺工业的涤纶切片干燥;食品工业的冷冻干燥等工艺均可采用。

    全国防腐设备产业三分之一在浙江,而浙江的防腐企业绝大部分在建德。上个世纪80年代初,建德正是我国聚丙烯设备的研发、规模化生产的发轫之地。经过20多年的发展,尽管在建德星罗棋布三四十家防腐企业,但因为多种原因,建德始终没有形成像义乌、永康、温州、海盐一样的以某个产业为链条的块状经济。小散乱严重阻碍了这个产业的发展,也形成了市场的无序竞争。

    (废气吸收)尾气吸收装置采用降膜吸收器填料吸收塔水喷射真空机组、酸泵、贮罐为主要设备,采用先进的逆向吸收工艺流程,主要用于吸收HCL气体制备盐酸,也可作SO2、NH3、P2O5、H2S等气体的回收、处理,该装置集吸收、冷却、制酸为一体,全过程应系统需要可在密封或负压下进行,安全无泄漏。系统采用循环吸收法,吸收率可达98%-100%,浓度达30%以上(如有冷冻盐水效果更佳),是化工生产中尾气吸收和废气处理的首选产品。

    换热器是将热流体的部分热量传递给冷流体的设备,又称热交换器。换热器的应用广泛,日常生活中取暖用的暖气散热片、汽轮机装置中的凝汽器和航天火箭上的油冷却器等,都是换热器。它还广泛应用于化工、石油、动力和原子能等工业部门。它的主要功能是保证工艺过程对介质所要求的特定温度,同时也是提高能源利用率的主要设备之一。

    填料塔是以塔内的填料作为气液两相间接触构件的传质设备。填料塔的塔身是一直立式圆筒(如上图所示),底部装有填料支承板,填料以乱堆或整砌的方式放置在支承板上。填料的上方安装填料压板,以防被上升气流吹动。液体从填料吸收塔顶经液体分布器喷淋到填料上,并沿填料表面流下。气体从塔底送入,经气体分布装置(小直径塔一般不设气体分布装置)分布后,与液体呈逆流连续通过填料层的空隙,在填料表面上,气液两相密切接触进行传质。

    浙江省建德市科技实验厂真空计量罐供应商,PPJ系列聚丙烯真空计量罐是公司新推出的一款优异性能的真空计量罐产品。设计科学、结构合理、安全可靠

    动平衡机是用来测量机械的旋转工件(转子)动不平衡量的大小和相位的专用设备。根据动平衡机测量结果对转子的不平衡量进行校正,使转子旋转时产生的振动或作用于轴承上的振动减少到允许的范围内,以达到减少振动、改善性能和提高产品质量的目的。

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      公司生产的金属软管符合 标准,具有质量轻、耐腐蚀、抗疲劳、耐高压、柔性好占地少等特点。并承接非标接头的金属软管如:英制螺纹、多层网套、快速接头等。

    波纹补偿器,又称膨胀节,按美国 ETMA 、 ASME 和我国 GB/T12777-1999 标准设计、该产品结构紧凑,承受压力强、补偿量大、能承受各向位移,并具有降噪、减振的作用。

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    不少市民表示,价格因素是制约他们选购除湿机的最大因素,买台抽湿机的价格足够买一台空调了,而且空调不仅可以制冷、制热,也有除湿功能。为此,业内有人士则表示,由于空调机是固定的,而且只能在局部小面积范围除湿,更重要的是空调机除湿时会增加几倍的负荷运行,不但容易耗费

    移动空调作为空调行业的新品种,进入中国市场大约二年多的时间,移动空调实质上是把普通空调的内外机合成一体的空调,没有室外机,不需要专业安装,通过压缩机的制冷,利用排风管排出热风,达到局部区域降温的效果。

    Voir en ligne : 反应釜

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